On connaît la place importante que joue la fondation dans le monde indo-européen comme dans le monde sémitique. Nous évoquons succinctement ici la forme que prend celle-ci dans la Mythologie des Dogons. Le pays Dogon est situé dans le sud du Mali, entre le Niger et la frontière burkinabé. Les Dogons sont arrivés dans cette région aux XIVème et XVème siècles, fuyant l’Islam. La sculpture occupe une place importante dans leur culture. L’exposition qui leur a été consacrée au Musée du quai Branly nous a donné un aperçu de la richesse et de la diversité de celle-ci, qui s’avère étroitement liée à la Mythologie. La connaissance de la mythologie Dogon doit beaucoup aux travaux de Marcel Griaule (1898-1956)[1].
La mythologie des Dogons explicite l’origine du monde, la création des hommes, l’apparition de la société des hommes et leurs liens avec les divinités. Il existe différentes origines génétiques des hommes, qui expliquent les différenciations sociales. Amma, le Démiurge, sacrifie Nommo, le frère jumeau du forgeron, qui était encore en formation dans l’œuf du monde, puis il le ressuscite sous l’aspect d’un couple humain. Il crée huit ancêtres de l’homme.
Le griot et sa jumelle sont fabriqués avec la partie du placenta où avait coulé le sang de la gorge de Nommo au moment du sacrifice. L’inceste est omniprésent à l’origine du monde. Amma fait le soleil-femelle, la lune-mâle, et, de la terre, un boudin de glaise qu’il serre dans sa main pour l’étaler dans l’espace : de là nait une femme, allongée face au ciel, orientée nord-sud. Une fourmilière est son sexe, une termitière son clitoris. Le dieu veut s’unir à elle, mais la termitière se dresse et empêche cette union. Il abat alors la termitière et peut ainsi s’unir à la terre excisée. De cette union contrariée naît le chacal, Yuguru, qui impose à sa mère, par la force, une union sexuelle. Le chacal s’empare ainsi de la parole. Le dieu se détourne de son épouse souillée et crée les hommes : ce sont les 8 ancêtres.
Nommo pénètre dans la fourmilière, sexe de sa mère : sa présence humide, lumineuse et parlante la purifie du sacrilège du chacal. Puis, chacun à son tour, les ancêtres entrent dans la fourmilière par une anfractuosité du sol. Ils sont régénérés et peuvent monter au ciel.
On relève aussi la place essentielle du forgeron dans cette mythologie. Au ciel, les ancêtres se disputent, aussi doivent-ils descendre sur terre. Le forgeron, frère jumeau de Nommo, vole un morceau de soleil sous forme de braise et de fer incandescent. Il descend sur terre sur un arc-en-ciel avec un grenier et les représentants des animaux. Le forgeron est un génie d’eau : il est pourvu de 4 membres, souples comme des serpents. Mais, au moment de l’impact, sa masse et son enclume lui échappent des mains et lui brisent bras et jambes. Voici l’apparition des articulations. En vue du travail, son bras s’est plié. Le forgeron est descendu sur terre avec de l’argile céleste qui purifie un espace du sol ; il a aussi rapporté une arche, les techniques, les graines, les ancêtres humains et les animaux. Issu de Amma, le dieu primordial, il détient le savoir-faire ; c’est pourquoi il lui incombe de sculpter les ancêtres.
On voit donc la place considérable que joue le forgeron dans la création du monde civilisé. On pourra comparer la place que joue le forgeron dans la culture Dogon et celle qu’il occupe dans la mythologie indo-européenne, en particulier Hasamili dans le monde hittite et Héphaïstos dans la mythologie grecque
On retrouve dans Héphaïstos l’aspect claudicant du forgeron des Dogons est évoqué par exemple dans l’Iliade :
« À ces mots, le Bancal monstrueux et poussif quitta
Le pied de son enclume en agitant ses jambes grêles. (…)
Puis avec une éponge il se lava le front, les bras,
Le cou puissant et, pour finir, la poitrine velue.
Il enfila sa blouse, prit son bâton et sortit
En claudiquant. Le maître s'appuyait sur deux servantes (…)
Leur maître, entouré de leurs soins, parvint péniblement (…)
Auprès de Thétis» Iliade, XVIII, 410-412, 414-417 et 421-422. Traduction de Frédéric Mugler pour Actes Sud, 1995.
Héphaïstos est le dieu de la métallurgie. Il combat devant Troie avec la flamme. Pendant la Gigantomachie il tue le géant Clitios avec une masse de fer rouge.Il participa à la création de Pandore dont il façonna le corps avec de la boue (Grimal, Dictionnaire de la Mythologie grecque et romaine, Paris, 1990, 185-186).
Il est souvent représenté comme le fils que Héra aurait conçu seule, sans père, pour se venger de la naissance d'Athéna, sortie de la tête de Zeus sans le concours d'une mère. Dans d'autres récits, Héphaïstos, né le premier, aida à la naissance d'Athéna. Les deux divinités étaient souvent associées comme source des arts et des compétences techniques. Il était marié à Aphrodite, la déesse de l'amour.
Chez les Hittites, Hasamili est considéré à l’origine comme un le dieu forgeron. Il est couramment au dieu Télipinu, dieu agraire et fondateur. Il ouvre la terre et fait des libations aux divinités souterraines, afin de s’assurer leur collaboration dans le cadre de la fondation d’un temple. Il est associé au combat. Il protège la fondation, fait lever le brouillard
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[1] Voir en particulier Masques Dogons, Paris, Institut d’ethnologie, 1938 (rééd. 1983).