L'émission d'Alain Finkielkraut, Répliques, était consacrée au débat entre créationnisme et évolutionnisme.
Deux invités débattaient de cette question, tous les deux opposés au créationnisme. D'emblée nous suggérons à France Culture d'organiser un vrai débat, non plus entre deux personnes partageant le même point de vue, mais entre un scientifique convaincu de la vérité de l'hypothèse évolutionniste et un scientifique persuadé du contraire. On sait que certaines découvertes récentes semblent conforter les positions des créationnistes.
Les deux intervenants avaient pour nom :
Pascal Picq : Paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France où il collabore avec le professeur Yves Coppens
Jacques Arnould : Dominicain, ingénieur agronome, docteur en histoire des sciences et en théologie, il s'intéresse aux relations entre sciences, cultures et religions
Le créationnisme ne serait, à en croire nos deux interlocuteurs, qu'une thèse religieuse obscurantiste. La laïcité, entendez la raison, nous imposerait donc l'enseignement de l'évolutionnisme. La religion n'étant ainsi faisant qu'une adhésion personnelle qui ne peut en rien informer l'intelligence que nous avons du monde.
On voit donc dans ce débat :
- que la foi est un sentiment subjectif privé n'ayant d'autre fondement que le besoin de donner du sens à son existence. Elle doit donc rester dans le domaine privé et ne saurait légitimement intervenir dans le domaine des sciences, de l'éducation. La tolérance l'exige et ne saurait supporter la moindre contestation.
- que l'évolution souvent réduite au darwinisme ici n'est pas seulement une hypothèse scientifique, mais un dogme dont on sent bien qu'il ne supportera plus longtemps d'être critiqué. Tout scientifique qui apporte des conclusions divergentes est donc ipso facto un charlatan qui doit être empêché de s'exprimer puisqu'il fait le jeu des monothéistes et risque de mettre en danger l'ordre républicain.
le débat a rapidement été relié à l'affirmation de la laïcité positive par Nicolas Sarkozy. On voit donc bien que la question de l'évolutionnisme n'est pas que scientifique, mais s'enracine dans des orientations idéologiques ... on s'en doutait déjà un peu. En effet, affirmer que l'ordre du cosmos est le fruit du hasard et que la vie n'est qu'un accident de la matière confirme l'entière liberté de l'Homme : il sera ce qu'il se fera, ainsi qu'eût pu le dire Jean-Paul Sartre, puisqu'il n'y a pas d'intelligence créatrice qui pense l'ordre du monde. L'ordre n'est plus qu'une convention démocratiquement admise, la version politique du nominalisme.
Tout était passionnant, mais on regrettera que les deux intervenants aient oublié de poser, au début de leur dialogue, les distinctions sans lesquelles le débat (qui consistait d'ailleurs en un monologue à deux voix) ne pouvait aboutir :
- distinction entre darwinisme et évolutionnisme, car le débat entre créationnisme et darwinisme n'a jamais porté sur le "mécanisme" de l'apparition de l'univers, puis de la vie et enfin de l'homme, mais sur la présence ou l'absence d'une cause téléologique au principe de ce processus. Pour les deux savants, la démarche téléonomique ne reposerait que sur un postulat et donc une déduction .... pas le darwinisme bien évidemment qui ne pose absolument pas l'athéisme comme principe ! le matérialisme ne serait donc pas une thèse ontologique, mais la Science ... et on est prié d'y croire.
- distinction entre foi et croyance, puisque pour l'Eglise et plus généralement pour le monothéisme les deux ne sont absolument pas identiques, bien au contraire. Mais, il semble de plus en plus difficile de prétendre le contraire .... peut-être même sera-t-il bientôt interdit de rappeler l'enseignement de Vatican I, au nom évidemment de la liberté de pensée.
Il nous semble donc, que la recherche scientifique doit être absolument libre et ne dépendre en rien de postulats dogmatiques ..... car il nous semble que la liberté ne peut en rien violer le principe de la laïcité : car si imposer l'enseignement du créationnisme dans les écoles américaines semble scandaleux à Monsieur Picq, il nous semble que d'enseigner le contraire sans supporter la moindre critique ne l'est pas moins. Le paléontologue semble oublier que les certitudes scientifiques ne sont pas éternelles et que de vouloir les imposer ainsi qu'il le fait, revient à les élever au rang de religion de substitution. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'on ne supporte pas de prendre en considération les travaux de scientifiques qui ne partagent absolument pas les mêmes conclusions, et ils sont nombreux.
Nous renversons donc la démonstration de Monsieur Picq : sa position est évidemment dogmatique.
Nous suggérons à France Culture d'organiser un vrai débat, non plus entre deux personnes partageant le même point de vue, mais entre un scientifique convaincu de la vérité de l'hypothèse évolutionniste et un scientifique persuadé du contraire.
Qu'il soit bien entendu que nous n'avons, quant à nous, aucune réponse à apporter à cette question scientifique. Par contre, la philosophie nous semble écarter l'hypothèse du hasard comme cause de l'ordre du monde.
Pour écouter cette émission en ligne jusqu'au fin novembre 2008 et téléchargeable