Les cahiers Disputatio, en collaboration avec la Société Internationale de Philosophie Réaliste (SIPR) présentent un nouveau dossier sur un sujet délicat tant philosophiquement que moralement : L'embryon est-il une personne ?
Editions Lethielleux (Groupe DDB - FX De GUIBERT)
isbn : 978-2-249-62214-4
Prix : 21.90 euros
Le zygote est-il une âme spirituelle ? Cette question philosophique est redoutable et reste pour les biologistes, philosophes et théologiens un problème non résolu, une aporie. La tradition thomiste peut cependant nous aider à éclairer ce point. Il reste possible, comme le dit Michel Bastit dans son introduction, de défendre l’animation immédiate de l’œuf, et non moins possible de penser avec saint Thomas d’Aquin qu’elle est tardive. « Le propre d’une réalité mobile est d’être double : elle est à la fois ce qu’elle est en un instant déterminé et en même temps elle n’est plus tout à fait ce qu’elle était ou sera. Chez le vivant, la période qui conduit de la conception à la naissance est évidemment le fait d’une réalité éminemment mobile. Tous ceux qui ont étudié scientifiquement cette période de la vie sont frappés par l’extraordinaire dynamisme qui s’y manifeste. Un tel dynamisme veut dire en clair une énorme vitesse de changement qui conduit d’une réalité assez peu organisée à une réalité beaucoup plus déterminée. Ce double aspect de l’embryon est source de difficultés particulières : les uns peuvent le considérer en tant qu’il est déjà déterminé comme le membre d’une espèce et les autres comme ce qui n’est pas encore un individu achevé de cette espèce tout en en étant un membre, mais d’une manière particulière. Cette difficulté théorique se double d’enjeux éthiques évidents lorsqu’il s’agit d’un embryon humain. Ceux qui mettent l’accent sur l’inachèvement de l’embryon, notamment dans sa spécificité humaine semblent plus ou moins conduits à admettre en raison même de cet inachèvement, notamment de la spécificité humaine intellectuelle, la légitimité d’un avortement ou de diverses manipulations qui seraient légitimes tant que l’embryon humain n’a pas atteint l’exercice effectif de sa pleine humanité. Les autres s’attachant particulièrement à la détermination spécifique, voire individuelle, déjà présente, considèrent que tout est achevé dès le début. Ils en tirent la double conclusion de l’interdit et de l’immoralité de l’avortement d’une part et d’autre part de la réalité de l’humanité de l’embryon comme seule sauvegarde possible de cet interdit. Les uns et les autres s’appuient sur des traditions philosophiques bien distinctes. Les partisans de l’animation immédiate sont issus d’une tradition, platonicienne et néoplatonicienne, reprise par de nombreux Pères de l’Église, voire cartésienne, qui ne lie pas très fortement l’âme au corps de telle manière que l’âme, essentiellement conçue comme intellectuelle dans le cas de l’homme, semble pouvoir subsister et être transmise en dehors du substrat matériel lui permettant d’avoir une activité effective. Les seconds sont les héritiers d’une tradition qui remonte à Aristote, passe par saint Thomas qui suit complètement Aristote sur ce point, et a été pendant longtemps dominante. Ils ont une conception de l’homme comme formant un ensemble fortement uni dans lequel l’âme n’existe qu’en s’exerçant et ne s’exerce qu’au moyen des instruments corporels nécessaires à la mise en œuvre de ses activités. Parmi celles-ci l’activité intellectuelle elle-même requiert un substrat matériel au moins en cela qu’elle est impensable sans le recueil des informations par la sensibilité. La plupart des auteurs réunis ici adoptent un point de vue plus complexe et plus complet. Ils considèrent d’une part qu’il y a des raisons sérieuses de considérer que la différence qui rend pleinement humain n’est pas présente tant qu’elle n’est pas en mesure de s’exercer effectivement, mais que d’autre part il y a des raisons toutes aussi probantes de concevoir que cette relative indétermination n’est que relative et donc s’inscrit dans un processus orienté et déjà déterminé par son achèvement. Cela les conduits à une position éthique qui protège l’embryon en raison de ce qu’il est déjà, mais partiellement seulement, et de ce qu’il deviendra complètement, sans pour autant devoir soutenir qu’il est pleinement ce qu’en réalité il n’est pas encore complètement et effectivement. »
SOMMAIRE DU CAHIER
Introduction
par Michel Bastit, Professeur de Philosophie, Université de Bourgogne et Archives Poincaré à Nancy.
Animation différée et Animation immédiate : Différences et rapprochements
par Michel Bastit
Normativité de la nature
par Michel Bastit
Le statut de l’embryon humain : Une relecture d’Aristote
par Michel Hubert, Institut Catholique de Toulouse.
De l’usage des gamètes
par le Docteur Lafont Henri, président de l'Association des médecins pour le respect de la vie (AMRV)
Position de Jacques Maritain sur la génération humaine
par Michel Ferrandi, agrégé et docteur en philosophie, enseigne en lycée et au Séminaire à Toulon ; il a écrit L’action des créatures, Paris, Téqui, 2003.
La personnalité de l’embryon humain : Status questionis et détermination
par Pascal Ide, Via Santa Giovanna d’Arco, 5, 00186 ROMA.





