Le prochain numéro de notre revue
Disputationes fera le tour des textes
fondateurs sur la question.
On sait que les chrétiens sont
aujourd’hui pacifistes, semblant renouer en cela avec certaines idées de l’église primitive.
Pourtant on rappellera que l’Eglise s’est écartée rapidement de cette
conception. Si le Christ est le Prince de la Paix, pensaient les premiers
chrétiens, alors peut-être convient-il de ne jamais avoir recours aux armes.
Selon eux la guerre appartenait à l’ancien monde ; les martyrs ont montré
qu’il ne fallait pas se défendre. Clément d’Alexandrie et Justin le Martyr, Tertullien sont pacifistes. Origène dans sa réponse à Celse soulignait que les chrétiens prétendaient défendre
l’empereur par leurs prières, estimant qu’elles étaient plus efficaces que les
armes. Toutefois, s’il est indéniable que le Christ est prince de la Paix et
que la guerre est un mal qui ne peut être voulu en soi par Dieu, il ne faut pas
oublier que le Christ rappelle qu’il n’est pas venu apporter la paix sur cette
terre : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la
terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis
venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère :
on aura pour ennemis les gens de sa famille. » (Mat.10.34). Il y a donc là
offert à nos intelligences l'un des plus grands paradoxes de l’Evangile : le
Prince de la Paix n’est pas venu apporter la paix sur la terre mais le glaive; l’Evangile par son information nouvelle provoque une opposition dans la
société.
C’est ainsi que les catholiques s’écartent rapidement du pacifisme primitif, non pas qu’ils ne cherchent plus à être des artisans de paix, mais parce que ce monde ne peut pas changer instantanément. C’est bien pourquoi, saint Augustin devant les menaces qui pèsent sur la chrétienté définit le concept de "guerre juste", faisant ainsi une distinction capitale dans l’histoire de l’Eglise : les chrétiens ne peuvent avoir recours à la guerre que dans le refus de la haine, et en évitant d’être responsables des conflits.
Mais périodiquement le pacifisme réapparaît. Pour le XXe siècle on peut se référer notamment au livre de Merton La terreur ou la paix interdit de publication en 1961 par le maître général des cisterciens. En fait le pacifisme aujourd’hui se rapproche de l’idéologie mondialiste kantienne plutôt que de la conception chrétienne. Cette forme de pacifisme est omniprésente dans le christianisme d’aujourd’hui. On lit par exemple dans l’éditorial du Journal La Croix du 14 janvier cette phrase de Michel Kubler : « Justifier la guerre par la foi serait insulter Dieu ». Nous sommes donc dans une période ou la distinction de saint Augustin n’est plus entendue.
Cette vison est simpliste et l’expression d’un dérive théologique. Rappelons-nous la célèbre bataille de Lépante (7 octobre 1571), qui, sous l’impulsion de » saint Pie V sauva la chrétienté. Dans l'Église catholique romaine, la victoire fut rapidement attribuée à la Sainte Vierge et l'anniversaire de la bataille fut inscrit dans le calendrier liturgique romain, où il figure toujours.
Il semblerait donc que la Paix, dans l’Evangile, ne soit pas une promesse utopique et ne puisse être décrétée par les hommes. Elle est d’un autre ordre et suppose un changement ontologique dans l’humanité qui passe par la conversion.
illustration : Bataille de Lépante, vue par Paul Véronèse


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